Le dérivé du cannabis aux multiples vertus est cultivé dans le Vaucluse par un agriculteur passionné

Yohan Paulvé fait pousser du chanvre depuis cinq ans sur le terrain de sa ferme familiale dans le Luberon. Cet ancien employé de la grande distribution est convaincu des bienfaits thérapeutiques de cette plante de la famille du cannabis. Sur le net, il commercialise principalement des huiles essentielles, fabriquées grâce aux différentes variétés de chanvres qu’il fait pousser sur environ sept hectares. Depuis quelques mois, les commandes sont de plus en plus nombreuses sur le site de Yohan Paulvé. « On a une partie de notre clientèle qui utilise nos produits parce qu’elle souhaite s’éloigner des médicaments et s’orienter vers quelque chose de plus naturel. On a des résultats vraiment spectaculaires, comme sur des personnes atteintes de psoriasis. Mais ça peut être aussi bénéfique pour d’autres maladies comme le cancer, la sclérose en plaques et même Alzheimer… »

Ces produits thérapeutiques peuvent être utilisés sur la peau, pour le cuir chevelu mais aussi en usage interne, en bains de bouche. « Quelques gouttes d’huiles essentielles dans un verre d’eau et c’est suffisant pour purifier le corps », assure l’agriculteur. Elles pourraient aussi servir de vermifuge naturel sur les animaux de compagnie. De l’huile alimentaire est également proposée à la vente ainsi que des graines : « L’huile de chanvre est plus riche que n’importe quelle autre huile végétale et les graines sont très protéinées. Ce sont des produits qui pourraient intéresser les véganes et les sportifs ». Mais l’utilisation de la plante ne s’arrête pas là, les possibilités sont diverses et variées : isolant, papier, litière pour animaux, matériaux de construction ou textile… Yohan Paulvé a décidé de profiter de cette polyvalence : « On va commencer à vendre des habits faits avec du chanvre. Le textile est beaucoup plus doux, agréable et naturel ». Les plantes de l’agriculteur ont également été utilisées pour les décors du film « Toril » de Laurent Teyssie dont l’intrigue se déroule sur fond de trafic de stupéfiants… Le chanvre n’a pas les défauts de son cousin le cannabis, mais esthétiquement il en est la copie conforme.

Légal ou illégal ?

Yoann Paulvé cultive du chanvre industriel, une plante réglementée et autorisée en France à condition qu’elle contienne moins de 0,2 % de THC ou tétrahydrocannabinol, la principale molécule active du cannabis. Le CBD (cannabidiol) est une molécule issue du chanvre, on la retrouve dans les produits de l’agriculteur. Sa commercialisation n’est pas organisée ou autorisée mais elle n’est pas non plus interdite par des textes. Ce vide juridique plane comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête des producteurs mais aussi des revendeurs. À Marseille, deux « coffee-shops » ont été perquisitionnés au début du mois. De son côté, Yohan Paulvé se veut transparent sur son activité. Il assure travailler en collaboration avec les gendarmes et le Parc national du Luberon. Il souhaite différencier son commerce des coffee-shops qui « font ça davantage pour l’argent et non par amour pour cette plante ». Car l’agriculteur vauclusien a réellement une passion pour le chanvre, ses vertus mais aussi son histoire au sein de la région. « Il fut un temps où cette plante était partout, dans toutes les fermes, elle était même obligatoire. En Provence, elle a toujours été présente, elle fait partie de notre culture. Par exemple, la célèbre Canebière à Marseille était un lieu où le chanvre était cultivé, d’ailleurs le nom Canebière vient du provençal « canebe » qui signifie chanvre en français ».

Opération dédiabolisation

Yohan Paulvé a entamé un véritable combat pour démocratiser le chanvre. Il a récemment rencontré Jean-Claude Bouchet, le député du sud Vaucluse : « Il a été réceptif mais il n’est pas assez informé, il faudra continuer à discuter ». Le producteur compte également sur l’aspect écologique de la culture du chanvre, un atout séduction non négligeable: « C’est une plante intelligente qui s’adapte, elle a seulement besoin d’eau et de soleil. Il ne faut aucun pesticide et elle va même beaucoup plus loin : elle nettoie les sols pollués. Ils en ont fait pousser à Tchernobyl pour purifier les sols irradiés… Les agriculteurs français commencent sérieusement à se pencher sur la question ». Les arguments sont nombreux en faveur de cette plante étonnante, parfois appelée « pétrole vert » ou « reine des plantes ». Pourtant la législation française est bien plus en retard que chez nos voisins européens, « une politique de l’autruche… », selon Yohan Paulvé. De son côté, l’organisation mondiale de la santé (OMS) a récemment déclaré que le cannabidiol (CBD) ne « semble pas présenter de potentiel d’abus, ni être nocif pour la santé (…) Il pourrait être utilisé à des fins médicales, mais d’autres éléments de preuves restent nécessaires ». Des mots encourageants pour ce que Yohan Paulvé surnomme « l’arbre des possibles ».

Site : Canebounes La Divine. E-mail : info@canebounes.fr Par Cassandre Amouroux Source : La Provence